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Edito N°4 : Avatar de James Cameron : chefs d'oeuvre ou arnaque?

Publié le 28/06/2010 à 09:33

Nous sommes le 16 Décembre 2009, un attroupement fébrile et impatient se masse devant le cinéma Gaumont des champs Elysées.
la file d'attente devient de plus en plus grande à chaque minute pour atteindre une queue rarement vue par le passé.
Mais qu'attendent -ils donc tous ces badauds ? L'ouverture d'un resto du coeur avec l'hiver qui approche ?
Ou bien est ce en fait le syndicat des cheminots attendant avant de donner le coup d'envoi de leur prochaine manif ?

Non, ce sont juste des spectateurs, ayant comme beaucoup de gens sur la planète, subi un matraquage médiatique intensif et ininterrompu de la part des médias du monde entier sur un évènement soi- disant historique, la sortie au cinéma du film Avatar de l'inénarrable James Cameron.
Historique ? pourquoi utiliser une telle expression pour un simple film ? justement parce qu'il ne s'agit pas d'un simple film.
Il s'agit du retour derrière la caméra du réalisateur et scénariste de "Titanic", qui avait totalement disparu du devant de la scène pendant presque 12 ans.
Il s'agit également du film le plus cher de toute l'histoire du cinéma moderne, on parle de 500 Millions de dollars de budget.

Mais de quoi parle ce film ? il s'agit d'une histoire plutôt basique : un ancien marines paraplégique part sur une planète lointaine "Pandora", rentre dans le cerveau d'une créature extra terrestre censée représenter la race la plus évoluée des habitants de la dite planète, et doit prendre contact avec les autochtones pour les manipuler.
Bien évidemment, notre héros va tomber amoureux de la fille du chef de la tribu (attendez, vous n'alliez quand même pas croire qu'il allait se taper la femme de ménage), et finalement se retourner contre sa propre hiérarchie et leur livrer une guerre sans merci se clôturant par une bataille dantesque.
Ce postulat de départ, d'une extrême pauvreté, aurait pu au minimum être cohérent d'un point de vue scénaristique, au maximum envoûtant par ses enjeux dramatiques.
Hélas, c'est Cameron qui l'a écrit, et là, catastrophe, on se rend compte qu'il prend littéralement les spectateurs pour des crétins.

Tout d'abord, nous n'avons aucune information sur la façon dont l'être humain arrive à pénétrer le cerveau d'un Na'vi, puisque c'est comme cela que Cameron les a nommés, par magie peut être?
Ou alors ces montagnes qui flottent dans les airs on ne sait trop comment. Dans de l'héroique fantaisie, ça passe, mais dans de la science fiction qui se veut réaliste, ca ne passe pas.
De plus, et c'est bien pire, à aucun moment le scénario du film nous précise si les extras terrestres savent qu'en fait Jake Sully, le héros du film, est un humain transformiste déguisé en schtroumpf géant, ou s'il est véritablement des leurs. Il y une rencontre et c'est tout.
Chez les Cameron, on ne s'encombre pas d'explications inutiles.

Alors si ce scénario indigent est aussi intéressant que les aboiements de mon chien, qu'a t-il donc de si particulier ce film ? La seule réponse venant à l'esprit est bien sur son aspect visuel et graphique révolutionnaire.
Jamais l'animation en image de synthèse n'avait atteint une telle perfection.
Des couleurs dans tous les sens, des effets spéciaux à couper le souffle et des extras terrestres en image de synthèse plus vrais que nature même s'ils sont hélas totalement inexpressifs. (regardez Gollum du Seigneur des Anneaux et vous verrez la différence). Et le tout en 3D s'il vous plait.
On aurait pu dire qu'au moins, cet aspect du film est donc une réussite totale de la part de Cameron rattrapant la médiocrité de son scénario de départ.
Manque de bol, cette réussite n'est pas de lui, mais des techniciens géniaux des studios WETA en charge des effets spéciaux, et ce n'est évidemment pas un hasard.

Qui se cache derrière WETA ? deux personnes, Peter Jackson tout d'abord, le plus grand réalisateur de tout les temps et son comparse Richard Taylor, qui dirige le studio lorsque Jackson est en tournage.
A eux deux, ils ont fait d'avatar une prouesse technique qui tétanise les gens de ILM, le studio concurrent de George Lucas, un autre tâcheron hollywodien, crée pour sa saga "La Guerre des étoiles", qui au niveau nullité en impose aussi pas mal.
Nous devons d'ailleurs préciser que si Jackson a plutôt raté son film "Lovely Bones", c'est justement parce qu'il devait s'occuper de mettre en image les délires de Cameron et cette tache lui a pris tout son temps.
Dire que Peter ne figure même pas au générique de fin. Chez les Cameron, la gratitude n'est pas de mise.

Malgré tout ce que je viens de vous décrire, le film fut bien évidemment un triomphe mondial, battant tous les records partout ou il fut projeté.
Et l'on se rend compte de la puissance psychologique des médias, ils ont réussi à nous imposer de considérer cette oeuvre comme une épopée fantastique, chef d'oeuvre du 7ème art qu'il fallait absolument aller voir.
Même la pathétique Pauline Lefèvre du Grand journal de Canal plus s'est cru obligée de nous présenter la météo déguisée en Na'vi.
Il était vraiment temps qu'elle quitte la chaine, elle aussi.
Et ils ont réussi leur coup les médias, car même moi, je l'ai vu deux fois avant de me rendre compte du vide absolu habitant ce long métrage.
Quasiment aucun journal ou magazine de la presse spécialisée n'ont eu ni le courage, ni les compétences artistiques de dénoncer ce film comme une grande escroquerie intellectuelle.

Evidemment, de vrais chefs d'oeuvre comme "Agora", le peplum de l'Espagnol Alejandro Amenábar
ou encore "La Route", film bouleversant avec Viggo Mortensen sont passés totalement inaperçus comparé au rouleau compresseur Avatar bien aidé par ses complices pseudos journalistes.
La morale de cette histoire bien triste pour le cinéma, est qu'il ne faut pas voir un film pour son contenant, mais pour son contenu, et de bien faire attention à des imposteurs qui vous diront quoi penser et quoi aimer mais surtout...comment dépenser votre argent.
Mais ne vous y méprenez pas, je suis le premier à être fan des blockbusters Américains, qui me font rêver et adorer le cinéma comme aucun autre film,  je sais qu'il y en aura encore beaucoup, et que ces derniers m'envouteront par leur histoire et leur mise en scène endiablées.
Vive le cinéma.

Laurent Amar
Producteur Actingcity.tv