« Mon fils deviendra soit un grand homme, soit un criminel. »
Ces paroles prophétiques furent prononcées par Franziska Tiefenbrun, mère d’Hermann Goering lorsqu’il avait à peine sept ans.
Cette funeste vision se réalisera sous ses deux facettes car c'est en devenant un grand homme que Goering deviendra un criminel, en orchestrant l’assassinat de millions d'hommes, de femmes et d'enfants.
Une pièce historique, bien loin de ces vaudevilles décérébrés dont les chaines de télévision française, notamment l’horripilant Laurent Ruquier, se font l’écho.
« Nuremberg, la fin de Goering », se joue actuellement jusqu'au 10 Mars. Ce spectacle d'une grande ambition narrative entreprend, par le biais de son acteur principal, Götz Burger, qui incarne le monstre, de raconter les derniers jours de Goering durant son procès à Nuremberg l'accusant de crime contre l'humanité.
Retranscrite avec une grande précision historique, cette pièce montre les rouages d'un procès hors normes, avec ses principaux protagonistes. Le procureur Robert Jackson tout d'abord, chargé d'établir les preuves des crimes de Goering et interprété avec talent par Jean-Pierre Leroux.
Le capitaine Gustave Gilbert, interprété selon les soirs par Arnaud Denis ou David Zeboulon, psychiatre de Goering chargé de décrypter cet esprit tordu afin d'y détecter les failles qui permettront de venir à bout de son habilité et de sa légendaire arrogance.
Son gardien de cellule, le Lieutenant Wheelis, interprété par le jeune Jonathan Max-Bernard, esprit faible et facilement manipulable qui entretiendra une complicité malsaine avec Goering. Fasciné par le bourreau qu'il était censé surveiller, la pièce démontre que Wheelis lui aurait certainement procuré, à son insu, la capsule de cyanure avec laquelle Goering se suicidera, ce qui lui permit d’échapper à la potence.
Cette version des faits n'est toujours pas prouvée.
Les enquêteurs et historiens n'ont jamais pas pu établir de façon certaine la manière dont Goering s'est procuré ce poison, même si la complicité involontaire de son gardien est sans doute probable (ndlr).
Enfin, le témoignage bouleversant d'une rescapée d'Auschwitz, incarnée par la formidable Raphaëlle Cambray.
C'est à elle que revient la mission d’interpréter la scène la plus difficile, mais aussi la plus bouleversante de la pièce, quand le procureur lui demande de décrire son quotidien à Auschwitz.
Un silence de plomb régnait dans la salle, où les spectateurs étaient tétanisés par la prestation grandiose de Raphaëlle mais surtout par la description du plus tristement célèbre des camps de concentrations.
Après cette scène terrifiante, Götz Burger, talentueux comédien peu connu du public Français reprit son interprétation de l'assassin.
Il est à noter qu'il n'y a pas de ressemblance frappante entre Goering et Burger. Mais ce dernier, avec son fort accent germanique et la justesse de son interprétation, parvient à nous faire rapidement oublier cette différence physique.
Notons enfin pour conclure le dynamisme et l'originalité de la mise en scène, les différents jeux de lumière et les nombreux changements de décors montrant successivement le tribunal puis la cellule de Goering.Je vous invite à ne manquer sous aucun prétexte ce spectacle formidable, véritable leçon d'histoire indispensable à notre devoir collectif de mémoire.
« Nuremberg, la fin de Goering », c'est au Vingtième Théâtre jusqu'au 10 Mars.
Laurent Amar
Journaliste/reporter à Actingcity.tv
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