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Pour une charte de déontologie des soirées cannoises.
“C’est incroyable, cet après-midi même j'étais en rendez vous sur leur stand, on a convenu de travailler ensemble, et maintenant, non seulement ils ne me laissent pas entrer à la soirée mais ils font mine de pas me reconnaître ! ”, m'a confié un jeune producteur scénariste, en plein festival de Cannes 2010, devant l'hôtel Le Majestic à l’occasion de la soirée privée en l'honneur du nouveau film de Ridley Scott “Robin Des Bois”.
Dans ses yeux, on pouvait lire une immense frustration de ne pouvoir assister à un évènement de cette importance : pensez-vous, une soirée privée avec buffet et open bar en compagnie de Russell Crowe, ça n’arrive pas tous les jours…
On pouvait lire sa colère aussi, d'être ainsi traité par des individus qui n'ont rien à voir avec le cinéma et qui se permettent de refuser l'entrée à ceux qui font partie intégrante de cette industrie.
Enfin, on devinait aussi, - c’est sans doute le plus touchant et qui m'a décidé d'écrire cet article -, de la tristesse. De la tristesse d'être ignoré par des personnes avec qui il allait sans doute travailler après un rendez-vous très prometteur.
Ce phénomène de "refoulement" est bien connu des festivaliers, certaines personnes sont invitées aux soirées privées et d'autres non.
Si vous n'avez pas la tchatche ou l’habilité nécessaire pour vous incruster - au cas où vous n'auriez pas le précieux carton d'invitation -, vous resterez dehors.
Mais à quoi servent les soirées du Festival de Cannes?
Pour simplifier les choses, classons-les en trois catégories. Il y a tout d'abord les soirées en marge du Festival se déroulant dans les discothèques ou sur les plages privées, l'exemple type est bien sur le VIP de Jean Roch ou encore le Nikki Beach qui déménage à Cannes le temps du Festival. C'est le règne des magnums de Champagne, de Rosé, des filles sexy à la recherche de verres gratuits ou de sensations fortes avec de riches Festivaliers. Ces soirées étant payantes, disons qu'elles sont accessibles au commun des mortels pour peu que vous ayez un portefeuille bien garni ou mieux, que vous soyez blonde à forte poitrine.
Il y a ensuite les soirées privées, c'est-à-dire accessibles seulement sur invitation mais dont les organisateurs n'ont rien à voir avec le 7ème art.
Ils profitent simplement de cet évènement mondial pour faire la promotion de leur marque en surfant sur la toute-puissance médiatique du Festival de Cannes, comme par exemple les soirées L’Oréal ou Chopard.
Il y a également la bien étrange Terrazza Martini, plage privée transformée le soir en espace festif en l'honneur de la célèbre marque de boisson alcoolisée et à l'organisation bien chaotique.
Ne cherchez pas à savoir pourquoi untel ou untel se voit autoriser l'accès ou non, c'est uniquement à la tête du client, qu’elle soit belle ou pas.
L'incompétence des pseudos attachées de presse à l'entrée est en grande partie responsable de ce joyeux bordel que constitue la Terrazza Martini.
Puis enfin, et ce sont elles qui nous intéressent le plus, les soirées privées organisées en l'honneur d'un film et qui fait suite à la montée des marches de ses acteurs, réalisateurs et producteurs. Les cartons d'invitations de ces soirées sont envoyés le plus souvent de façon totalement arbitraire par les services de presses des grandes majors.
Reprenons le cas de la soirée Robin des Bois organisée par Universal.
Je suis allé me présenter la veille pour leur demander aimablement un carton d'invitation, leur expliquant que je collaborais avec eux sur le projet de série animée Le Livre de la Jungle (totalement véridique, je produis également du dessin animé pour enfant) dont Universal va effectuer la distribution vidéo.
Rien n'y a fait, j'ai essuyé un refus méprisant et radical de la part d’un jeune chef de projet pendant que sa responsable attachée de presse engloutissait un sandwich au jambon en me regardant avec un air de demeurée.
A côté de moi en revanche, un type venu demander des invitations supplémentaires pour ses amis les a obtenues sur le champ.
Rodé à ce genre de traitement, j'arrive quand même à me faufiler pour accéder aux soirées cannoises. J'ai abandonné depuis bien longtemps l'idée de demander en direct des invitations (dans le cas ou elle ne me sont pas envoyer d'office) qui me seront, quoi qu'il arrive, refusées. C'est en trichant que j'arrive à entrer, c'est triste, mais c'est ainsi.
Mais le festivalier lambda venant pour la première fois au Festival de Cannes, qui investit dans le billet d'avion, s'offre un stand au marché du film, loue une chambre d'hôtel confortable pour lui et son équipe, et se voit refuser l'entrée des différentes soirées alors que sa présence aurait été légitime, finira par ressentir un sentiment d'écœurement.
Il y a quand même un problème dans tout cela, 40% de festivaliers en moins cette année, et cela ne cesse de chuter depuis 2006.
Bien sûr, il serait idiot de dire que les professionnels du cinéma se rendent de moins en moins à Cannes car les évènements sont de plus en plus difficiles d'accès.
Bien sûr la crise économique est passée par la, le téléchargement illégal aussi, mais tout de même, voir des personnes profiter des soirées alors qu'elles n'ont rien à voir avec le monde du cinéma et en voir d'autres dont la présence serait tout à fait légitime rester dehors, croyez moi, cela produit son petit effet sur le moral des troupes.
Alors à qui imputer la faute du désordre régnant sur notre festival préféré ?
Evidemment à Gilles Jacob, qui a laissé les choses se détériorer sans agir, son âge canonique ne lui permettant plus vraiment de mettre de l'ordre et d’imposer des règles à ceux qui se servent de sa création pour leurs évènementiels.
La faute aussi à son successeur Thierry Frémaux, beaucoup plus jeune et plus à l'écoute des soirées de gala. C'est à lui d'imposer aux organisateurs de soirées de donner en priorité l'accès aux gens du cinéma et non l’inverse. Pourtant il ne fait rien, même s'il sait parfaitement que le problème est bien réel.
Alors ? Alors espérons que les choses redeviennent ce qu’elles étaient à l'époque : un Festival passionnant avec des fans se pressant pour admirer les stars, et des professionnel venant travailler et profiter des différentes manifestations en jouissant de plus d’équité et de souplesse à l'entrée des soirées.
Parions que les organisateurs sauront rectifier le tir et qu'ils ne laisseront pas mourir un festival aussi merveilleux, véritable machine à rêve qui incite tant de monde à travailler pour le cinéma et à maintenir cette industrie dans l'excellence.
Laurent Amar
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